Le racisme c’est bien, le sexisme c’est mieux
Article paru dans POLITIQUE n°55 : juin 2008, par Irène Kaufer
« Vous avez aimé la saga Ségolène |1| ? Alors, vous devez adorer le Hillary-circus ! Voici revenir la question métaphysique par excellence : les femmes ont-elles une âme ? Ou, en termes modernes : une femme a-t-elle la capacité de conduire une grande puissance, malgré son hypersensibilité, sa faiblesse congénitale et ses hormones… ?
— … Ou plutôt : l’Amérique est-elle assez adulte pour confier son sort et ses guerres à une femme ? Avec pour piment supplémentaire : entre une femme et un Noir, mes préjugés balancent !
— Ah, si les Républicains avaient pu leur opposer Condoleezza Rice : Noire et femme, qui dit mieux… ?
— Une lesbienne handicapée, peut-être… ?
— On peut ironiser à l’infini mais moi, ce qui m’intéresse là-dedans, c’est le traitement médiatique de la candidature de Mme Clinton. Et pour commencer, le silence quant à ses prises de position concernant les femmes. Il faut lire la presse féministe – mais qui la lit… ? – pour découvrir ses propositions fermes en faveur du droit à l’avortement et la très diabolisée pilule du lendemain, des mesures pour combler le fossé salarial ou combattre les violences conjugales, et autres sujets sans importance |2| ! Des sujets, en tout cas, qui n’intéressent guère les autres candidats…
— Au risque de me faire excommunier, je proclame haut et fort que je n’aurais certainement pas voté pour elle – même après avoir lu la presse féministe. Parce qu’elle a soutenu hier la guerre en Irak, qu’elle tient aujourd’hui un langage très belliqueux sur l’Iran, ou encore parce qu’elle a siégé au conseil d’administration de multinationales comme Wal-Mart, cette chaîne d’hypermarchés qui ne supporte pas les syndicats… et qui discrimine son propre personnel féminin |3| ! Alors, pour ce qui est de combler le fossé salarial…
— Mais on peut ne pas la soutenir et en même temps être scandalisée par la façon dont elle est traitée. Aujourd’hui encore, on se permet, vis-à-vis d’une femme, ce qu’on n’oserait plus par rapport à un Noir. Le racisme indigne alors que le sexisme provoque, au mieux, un haussement d’épaules navré. Pas si grave, n’est-ce pas…
— Vous vous souvenez de ce calicot brandi lors d’un meeting d’Hillary : « Repasse mes chemises ! » Qu’aurait-on dit de cette Amérique toujours raciste, si quelqu’un s’était permis de brandir devant Obama une pancarte du genre : « Va cirer mes chaussures ! »
— Mais il y a pire que les insultes. Ce sont des partisans, oui, des partisans de Mme Clinton qui croient lui faire un compliment en écrivant que : « si elle donnait l’une de ses couilles à Obama, ils en auraient chacun deux ». Ou ce dirigeant syndical qui a cru bon de souligner sa « fortitude testiculaire », ou l’éditorialiste du New York Post qui est allé jusqu’à la déclarer victorieuse dans « la primaire des couilles » |4| ! J’en conclus que, homme ou femme, le pouvoir est toujours au bout des couilles !
— C’est vrai, ça fait sourire mais il n’y a pas de quoi ! Oserait-on écrire, à propos d’Obama : « S’il donnait à Hillary quelques pigments de sa blancheur, ils seraient tous deux Suédois » ?
|1| Le titre de ce billet est emprunté au collectif féministe La Barbe.
|2| Voir par exemple Eliane Audet sur le site www.sisyphe.org, 4 février 2008.
|3| Voir Trends-Tendances, 23 mars 2007, sur le site www.trends.be.
|4| Repris dans Le Monde, 9 mai 2008 et La Presse, 6 mai 2008.


